Alors voilà. Je ne pensais pas sortir de mon
Alors voilà. Je ne pensais pas sortir de mon hibernation avant un petit moment, mais trois malades encagoulés sur lesquels on a pratiqué une ablation intra-utérine de cerveau se sont chargés de venir me sonner les cloches jusque dans mon quartier de lune, au son des sirènes de pompiers qui passent en continu dans ma rue depuis ce matin, 11h30.
Alors voilà. En réalité, je n'ai pas grand-chose à dire. Mais il me semblait important de ne pas laisser glisser cette journée dans l'oubli de tous les autres jours, les jours "normaux". Quand j'étais gamine, une chanson de Goldman demandait: "qu'est-ce qu'elle a bien pu faire, après ça?"
Alors je me le demande. Qu'est-ce qu'elle peut bien faire, après ça?
Elle a cru que c'était une blague, elle a compris que c'était grave. Elle a appelé sa grande soeur, avec laquelle elle avait prévu d'acheter des tubes de peinture dans le 11ème arrondissement ce midi. Elle a eu cette peur idiote et irrationnelle que sa grande soeur ait décidé d'y aller sans elle et se soit trouvée pile à l'endroit, quand il aurait tellement fallu être à l'envers.
Elle a rejoint ses frères, ses soeurs de crayon Place de la République, la bien nommée, pour faire nombre, pour dire "même pas peur". Un peu aussi pour essayer de canaliser cette rage qu'elle sent bouillonner au fond d'elle depuis ce matin, et qui remonte, qui remonte, comme la petite bête, avant de devenir un monstre. Elle ne veut pas tomber dans les amalgames faciles, alors elle se concentre sur la douleur. Mais la douleur déborde du cadre, la douleur enjambe le choc qui se tient là, en plein milieu du chemin, on ne voit que lui, et soudain, quelque chose gêne, c'est quoi dans mon champ de vision, tiens, mais c'est la douleur.
C'est parce qu'elle a grandi avec les dessins de Cabu. C'est parce qu'aujourd'hui, deux mondes qui n'ont rien à voir ensemble sont entrés en collision. Aujourd'hui, le monde des rédactions et des dessinateurs, le monde de son quartier de lune s'est trouvé sur la route d'un monde aride et sans forme, où ne pousse rien, même pas une branche d'humanité. Le monde des couleurs s'est trouvé effacé par une gomme. L'oubliée de la trousse d'écolier, celle qui ne créé pas et se contente d'effacer, sans cesse.
Alors, qu'est-ce qu'elle va bien pouvoir faire, après ça?
