Message à celui qui ne sait pas
Un petit grain d'or dans ma voix, et mes yeux qui flamboient. Sans le savoir, mon cosmonaute, ce soir je m'étais préparée pour toi. Tu étais dans les reflets des verres et dans les rires, tu étais dans l'air. Je les ai regardés bouger comme la dernière fois,et moi la danseuse, j'étais la seule qui ne dansait pas. J'ai laissé glisser les regards des hommes sur moi, j'ai laissé couler l'attention, je ne voulais pas d'eux, je ne voulais personne, je voulais juste toi. Toi avant, toi il y a deux ans, pas toi indifférent. Je voulais un toi qui n'existe pas.
Petit homme éloigné qui a embarqué mon coffret, tu ne veux plus de moi, je ne veux plus de toi, mais ce soir, amnésie, incapable de me rappeler pourquoi. C'était un de ces soirs à la douceur alchimique, où tes yeux m'auraient souri depuis l'autre bout de Paris, où je t'aurais attendu bien au chaud dans mon lit, et tu m'aurais rejointe. La lune aurait regardé ailleurs, petit cercle tout noir dans un accès de pudeur, et nos gestes emmêlés auraient fait tomber les étoffes et les barrières de tissu. Ce soir je voulais nos interdits alchimiques, je voulais la vérité nue, une addition toute simple et ancienne, celle qui dit que ta douceur va si bien avec la mienne.
J'ai traversé les yeux des hommes sans m'y arrêter, j'ai compris que mon coeur était encore verrouillé, que j'en ai perdu la clé il y a déjà plusieurs mois, et que dormir à deux ne m'intéressait pas si ce deux, avec toi, avait donné trois.
Alors quand il a fallu rentrer, j'ai préféré marcher. La Seine m'a cueillie au bout des boulevards, elle m'a soufflé des images et des parfums de nous, des lieux que je connais par coeur mais qui devenaient fous, qui criaient un seul prénom comme si les autres avaient été effacés et je répondais non aux autres qui m'appelaient. Dans tous les visages que j'ai croisés, j'ai cru reconnaître le tien, petite ballerine seule sur mon pont parisien à rêver des si et des peut-être, pour tisser des histoires qui n'existeront que dans ma tête.
Les histoires d'amour, mon cosmonaute, c'est un peu bête. Pour quelques heures volées, on pleure, on tempête, on se fâche, on se lasse, on recommence à finir et on termine de démarrer, puis on se dit que tout passe, et on arrête de pleurer. Mais ce soir, juste ce soir, je ne savais pas, en fait ce soir je n'attendais que toi.
Dessin (c) Céher - Toute reproduction, même partielle, sans autorisation de l'auteur est interdite.
