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La vie dans mon quartier de lune
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5 mars 2012

La Guerre de 100 Ans

Il faut absolument que je vous parle de la Guerre de 100 ans. Ca me prend comme ça, êtes-vous en train de vous dire, la jeune génération n’a plus aucune retenue (je dis « jeune », j’aurais pu tout aussi bien dire « ancienne », je n’ai aucune idée de l’âge du public que je touche – si tant est que je touche un public, d’ailleurs. Je subodore que mes références récurrentes au Capitaine Flam et aux Petits Pimousse m’attachent avant tout les faveurs des trentenaires, mais personne n’est infaillible. Refermons cette parenthèse parfaitement inutile.)


La Guerreanglaisfran+ºais de 100 Ans a duré si longtemps à cause des pauses-thé des Anglais. En réalité, les périodes de combat proprement dit n’ont pas excédé les deux heures et vingt-sept minutes environ. Il faut savoir qu’un bon Anglais est un Anglais rempli de liquide jusqu’au bout du monocle. Le liquide de jour est le thé, avec une transition en douceur vers le liquide de nuit, la bière, dès la sortie du bureau. Pour avoir mené une étude sur le terrain pendant plusieurs années aux côtés de ces petites créatures imprévisiblement attachantes qu’on appelle les Anglais, je me trouve bien placée pour vous en causer et pour émettre une hypothèse toute personnelle sur la Guerre de 100 Ans. Je crois en mon âme et conscience que le conflit relevait plus d’une belle empoignade un peu chaleureuse façon Astérix chez les Bretons, que des horreurs sanglantes qu’on essaie de nous faire avaler sur les tapisseries de Bayeux, et d’abord pourquoi s’embêter à coudre un tapis si c’est pour l’accrocher au mur, est-ce qu’il n’aurait pas été plus simple d’y accrocher une peinture depuis le début, non mais je vous jure ? 


En fait, je crois même que la Guerre de 100 Ans, malgré toutes ces histoires de bonhommes barbus qui ont pris le ferry à Calais parce qu’ils avaient oublié leurs clés de voiture, peut se résumer à un sombre litige théier. Voilà comment je vois les choses, forte de ma connaissance approfondie de la psychologie anglaise :


Un type un peu énervé parce que Medieval Arsenal, son équipe de lancer de javelot préférée, vient de se ramasser dans un tournoi national. Il rentre chez lui se consoler avec une bonne cup of tea, et se rend compte que Frénégonde a oublié d’en racheter et que la boîte à thé est vide. Un Français se trouve là à ce moment-là, parce que les Français ont cette capacité déconcertante à se trouver toujours au mauvais endroit au mauvais moment, et c’est tout naturellement sur lui que s’abat la colère du type énervé, qui se trouve être anglais. Le Français est fier, autre caractéristique bien connue, vous le sauriez si vous aviez lu Astérix, et excusez-moi d’en revenir toujours à Astérix, mais on n’a encore pas fait mieux en matière de documentation historique sur l’époque mérovingienne et je me fiche que les Gaulois et la Mérovingie ce soit anachronique et que Mérovingie n’existe même pas dans le dictionnaire,  et comme il est fier, le Français, pas le dictionnaire, il la prend mal, l’insulte de l’Anglais, et il lui envoie son poing dans la figure. Bien sûr, après, il le regrette, mais c’est trop tard. La guerre est déclarée. Les badauds s’en mêlent, les Anglais en sevrage douloureux à cause d’une pénurie de thé parce que leurs cousins américains sont en train de le jeter par-dessus bord à plusieurs encablures de là, voient rouge, et ne font pas preuve d’une diplomatie débordante. Tout le monde finit par se castagner joyeusement, quand l’oncle d’Amérique finit par morigéner les cousins et les force à restituer courtoisement le thé aux Anglais, pour ne pas être obligé de leur envoyer de l’argent à la place, comme tout bon oncle d’Amérique qui se respecte.
Sevrés depuis pas suffisamment longtemps pour résister à la tentation de ces nouvelles cargaisons de thé en provenance directe de leur oncle d’Amérique, les Anglais replongent dans leur triste addiction à la théine, et interrompent régulièrement le combat pour leur pause-thé avec un nuage de lait. C’est ainsi que la Guerre dura 100 ans, et notez l’ironie de la chose : une pénurie de thé fut à l’origine du conflit, dont l’incroyable durée s’explique par l’omniprésence de ce même thé dans le paysage. CQFD.

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