Canalblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La vie dans mon quartier de lune
Publicité
5 décembre 2011

La perdite aiguë

Après le SIDA jeudi dernier et le Téléthon ce weekend, restons dans le combat des pathologies humaines en nous penchant sur la perdite aiguë. Rappelons pour ceux qui ont l’oubliette aiguë que la perdite se caractérise par une forte tendance à perdre à plus ou perditemoins court terme tout objet passant entre les mains du sujet atteint, indépendamment de sa taille et de son utilité (à l’objet, pas au sujet, on n’est pas dans un cours de nazisme sur l’utilité des gens, oh !). On notera tout de même une coïncidence perverse  qui fait que plus l’objet est utile, plus on le perd souvent et longtemps. S’il s’agit d’un bulletin de salaire de 1984 pour faire valoir sa pension de retraite, on ne le retrouvera en général qu’après les funérailles du sujet. Dans le cas d’un billet gagnant à la loterie, on ne le retrouvera jamais. De même, un objet de taille conséquente nous échappera plus sournoisement qu’un petit objet, paradoxalement, ce qui donne lieu à tout un tas de formules de circonstances comme « Ah saloperie ! Y a quand même pourtant pas 36 000 endroits dans cette maison où j’ai pu caser mon mammouth empaillé !!!! » Certes. Permettez-moi cependant d’observer que si le mammouth est joueur, il peut présenter une capacité déconcertante à se nicher dans l’endroit le plus improbable, quelle que soit sa taille initiale (« Sapristi ! Qui est-ce qui a fichu mon mammouth dans le sac à aspirateur ?? ») Bref.

Je souhaitais aborder le problème avec vous, étant moi-même une grande spécialiste en matière de perdite. Chez moi, c’est génétique. Quand ma perdite a été diagnostiquée à l’âge de quatre ans, lors d’un épisode particulièrement douloureux pour ma mère forcée de m’acheter une paire de moufles pour la septième fois cet hiver-là, la maladie était déjà à un stade avancé. Le médecin a hoché la tête en disant « il n’y a malheureusement rien à faire », en tapotant l’épaule de mon père avec compassion. A peu près à la même époque, la famille entière a du se soumettre à toute une batterie d’examens afin de déterminer si l’un d’entre eux présentait également des symptômes. Ma mère s’est ainsi vue diagnostiquer une forme spécifique de la perdite, qui se porte exclusivement sur la perte des lunettes. Compte tenu qu’elle passe plus de temps à chercher ses lunettes qu’à les porter, j’ai même été étonnée le jour où elle m’a demandé pour la première fois si je les avais vues quelque part, parce que je ne m’étais même jamais rendu compte qu’elle en portait.

Pour en revenir à mon cas, puisque la perdite de ma mère relève après tout du secret médical, mon mal s’est progressivement étendu à une grande variété d’objets au fil des années. Longtemps j’ai concentré mon action perdissante sur mes gants (cf. ci-dessus) avant de diversifier mon activité, comme dirait ma comptable. J’oubliais : la perdite est incurable, on a eu beau redoubler d’ingéniosité, attacher mes moufles à mes manches d’anorak par d’astucieux cordons de laine, rien à faire, la difficulté décuplait ma perdite. Il doit y avoir au moins autant de moufles à moi aux quatre coins de la terre que de mômes à Eddy Barclay. Comme les moufles se perdaient comme des petits pains, j’ai eu envie d’étendre mon horizon. Je me suis alors lancée dans ce qui devint par la suite mon fer de lance : les clés. Il faut savoir que les clés ont une autonomie insoupçonnée et une prédilection pour les endroits insolites : la poche intérieure du sac à main dont on ignorait l’existence, les casiers de piscine, les tambours de machine à laver, etc. Je me suis ainsi retrouvée à plusieurs reprises accroupie devant la poubelle ménagère à farfouiller parmi les épluchures de patates et les yaourts périmés à la recherche de ma tête de Mickey (mon porte-clé favori est une tête de Mickey. C’est comme ça.) Pas très glorieux quand vous arrivez ensuite à un rendez-vous galant accompagnée par des odeurs de poubelle.

Ma perdite aiguë s’est ensuite attaquée à un grand classique : les stylos. Certaines personnes sont incapables d’entretenir une relation longue avec un autre être humain ; je suis personnellement incapable d’entretenir une relation suivie avec un stylo. A la différence des clés, le stylo n’engendre pas de lien indéfectible et vital, alors je souffre moins de la valse des stylos dans ma vie. Curieusement, les lunettes ne figurent pas à mon palmarès. Etant myope à la limite d’avoir un chien d’aveugle, si je ne porte pas mes lunettes, je ne vois strictement rien, mes lunettes se trouvent par conséquent toujours dans un rayon de 10 cm autour de moi dans lequel je peux tâtonner librement. Récemment, j’ai décelé une tendance à perdre mon appareil photo. Je viens d’ajouter une corde à mon arc. J’aime avoir un appareil photo en permanence avec moi, je le porte tout le temps dans mon sac à main. Et puis vient le moment fatidique où, sur le point de quitter la maison pour aller cueillir des violettes, je me dis « j’ai pas besoin de mon appareil photo, je ne vais pas le porter pour des prunes ! » et je retire l’appareil de mon sac, et forcément en retard, je sors. Cette seconde de hâte me coûtera 35 minutes de recherche effrénée à travers la maison à mon retour pour retrouver mon appareil photo à l’endroit le plus invraisemblable. En général, sur la cuvette des toilettes. Je me fais de la peine.

Publicité
Commentaires
La vie dans mon quartier de lune
Publicité
Archives
Publicité
La vie dans mon quartier de lune
Derniers commentaires
Newsletter
Visiteurs
Depuis la création 41 401
Publicité
Publicité