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La vie dans mon quartier de lune
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9 juin 2013

Elle ressemble à qui, de près ou de loin?

celebremetro

Comme on entre de plain-pied dans la saison des allergies, j’ai décidé d’aborder aujourd’hui une allergie galopante que mon entourage a développée à une de mes questions favorites.

La situation est simple et inoffensive en apparence : attablés en terrasse, je converse agréablement avec des amis, quand l’un d’eux s’aventure sur un terrain extrêmement dangereux en tentant de me décrire la personne dont il parle : « nan mais c’est mon collègue, là, ben tu sais, celui qui est parti en Birmanie et qui a plaqué sa femme à son retour parce qu’il a eu un enfant avec une Birmanienne ! » L’intello du lot amorce un timide « on dit pas Birmane, plutôt ? », aussitôt tranché vif par mon intervention : « attends attends ! Ton collègue, lequel ? Il est beau ? Comment ça se fait qu’il n’ait qu’à claquer des doigts pour que Françaises et Birmanes confondues lui tombent dans les bras ? »

A ce stade de la conversation, certains amis déjà échaudés et allergiques, font de grands gestes à l’Inconscient avec les bras, « n’y va pas, ne la suis pas sur ce terrain, ne réponds pas, c’est un piège !!!!! » L’inconscient ne voit rien, il réfléchit, et finit par dire « ben beau, je sais pas, qu’est-ce que tu appelles beau ? Oui il a du charme, j’imagine, en même temps t’aimes pas les blonds, alors toi tu le trouverais pas bien mais si, il est beau gosse, dans son genre, tu vois ? » Et comme je ne vois rien du tout, je pose LA question, celle que redoute la moitié de la tablée (l’autre moitié étant occupée à cuver son vin) : « Bon, il ressemble à qui qu’on connaît, de près ou de loin ? »

La moitié redoutante de la tablée s’étrangle. J’ai posé la question allergène par excellence, celle qui file des plaques rouges à tout le monde à force de l’entendre.

Parce que oui, c’est comme ça, j’ai décidé une bonne fois pour toutes que la population humaine, si imbue de son unicité soit-elle, peut se classer en quelques grands types physiques, et qu’on a tous un sosie quelque part. Et si le sosie parfait n’est pas disponible en magasin, je maintiens qu’il y a toujours moyen de rapprocher ce que quelqu’un dégage du ressenti que l’on a avec une autre personne.

Ce n’est pas un hasard si ma sœur et moi avons développé un amour inconditionnel pour Denise Grey depuis qu’on a vu la Boum, toutes petites, et qu’elle a offert à notre jeu préféré une exposition médiatique non négligeable. Rappelez-vous, petits trentenaires et grands au-delà, Poupette se livrait au jeu du « le fils naturel de machin et de truc » à longueur de film.

Depuis, j’ai pratiqué le jeu des ressemblances à haute dose, à en user mon entourage qui ne voit absolument pas ce que « le boulanger a en commun avec Patrick Bruel, mais si tu le dis…. » N’empêche que. C’est bien pratique, mais mes amis préfèreront crever plutôt que de l’avouer, pour se faire une idée d’une personne qu’on n’a jamais vue, d’où mon désormais célèbre « elle ressemble à qui, de près ou de loin ? »

Evidemment, les choses se compliquent quand la réponse ne me satisfait pas, ce qui est en général le cas avec celles de Céher Père. D’abord, parce que la référence est toujours Karin Viard, et que ça devient lassant, à force, ensuite parce que bon, des fois, je suis sûre que ce n’est pas vrai et qu’il répond ça pour se débarrasser de moi. Dans ces cas-là, je ruse : « mais Karin Viard avec les cheveux courts ou longs ? Dans sa période rousse, ou plutôt maintenant, blonde ? ». Des années que je joue à ce jeu-là, alors ce n’est pas au vieux singe qu’on va apprendre à faire la grimace. Les tricheurs, je les détecte à des kilomètres.

De toute façon, la seule qui me comprenne vraiment, c’est celle qui a initié le jeu avec moi il y a des années devant notre écran de télé : ma grande sœur. Quand tout le monde s’esclaffe parce que je viens de dire « c’est le portrait craché de Natalie Portman en noir !!!! », ma grande sœur opine vigoureusement du bonnet, parce qu’elle a tout de suite vu la ressemblance flagrante elle aussi.

Evidemment, mon jeu de prédilection me discrédite un peu quand je vois réellement des personnalités dans la rue ou dans l’Eurostar. Quand j’ai croisé Daniel Auteuil puis Anthony Delon à deux minutes d’intervalles un dimanche dans le 6ème arrondissement de Paris, j’ai du essuyer des sarcasmes que la décence m’interdit de répéter ici. En substance, ils signifiaient « t’es sûre que c’était bien lui ? C’était pas Michel Sardou en martien, plutôt ? » Ca n’a pas aidé ma réputation d’avoir confondu Kiefer Sutherland avec Kevin Spacey le jour où Jack Bauer était assis à côté de moi dans l’Eurostar. (Je me défends en arguant que j’avais au moins les initiales de correctes).

Pourtant, les trains me portent d’habitude plutôt chance : vendredi, il y avait la Reine Elizabeth dans mon RER.

 

 

Dessin (c) Monsieur Bruno Issaly, bien sûr

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Commentaires
C
Mais c'est exactement ça, le mur d'incompréhension auquel on se heurte!! Les gens n'ont pas d'imagination! Ce n'est pas des traits, ce sont des expressions, des détails fugaces qui rapprochent les visages...
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T
Amusant ton pti jeu d'autant plus que je suis entièrement d'accord sur ta théorie selon laquelle chacun de nous appartiendrait à un genre. Nous avons tous des sosies et cette ressemblance n'est pas due tant à une similitude du nez de la bouche ou de la forme du visage mais plutôt à un air de famille...à une "catégorie de genre". <br /> <br /> Je fais souvent comme toi..."il ressemble à qui en gros?"...Rares sont ceux qui arrivent à déceler cette ressemblance et ils me répondent alors, "mais non il n'a pas du tout le même nez" et là je comprends qu'ils n'ont rien compris ... :(
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