22 avril 2015

La IIè guerre des pucerons

On nous met de plus en plus en garde contre les drones, mais je ne comprends pas pourquoi personne ne mentionne un autre truc volant tout aussi invasif et autrement plus dangereux, j'ai nommé le puceron.

Retour de vacances aussi bleu que le ciel parisien. J'ai le blues de l'Ecosse, j'ai le blues des moutons, j'ai le blues des heures de route sans croiser personne. Je pose mes valises, il est tard, je sors sur mon balcon pour jeter un coup d'oeil à mes plantes avant de me coucher. Elles me paraissent belles, Céher Seniorette n'a pas menti. Quand soudain, oh qu'est-ce que c'est que cette excroissance translucide sur mon rosier? Accroupie avec mon téléphone sur luminosité maximale, j'inspecte. Horreur, horreur!!! Invasion de pucerons! Oh vous mes cocos, vous! Saleté de saloperie de crapules vertes à pattes! Vous ne perdez rien pour attendre! Demain à la première heure, c'est la guerre thermonucléaire totale!

Ce matin, j'évalue l'étendue des dégâts. Céher Mère ne pouvait rien faire, ils étaient trop nombreux. Il me faut du renfort. Je cours chez Truffaut.

Au rayon anti-nuisibles, une affiche énonce qu'il existe plusieurs moyens d'éradiquer les pucerons, et que chacun de ces moyens sans exception fait également crever les abeilles, voire les bestioles domestiques félines qui auraient la charmante idée de se prélasser au soleil sur le balcon. Comme dirait mon ex, un Américain pour qui le français est toujours resté une sorte d'énigme, "c'est hors de la question que j'abime les abeilles." Et encore plus hors de la question que ma bestiole féline coure un risque. Comme je le pressentais, ma dernière cartouche consiste à faire ami-ami avec une colonie de coccinelles. Pas de coccinelles en vue sur les étals. C'est comme dans les bijouteries: ils doivent garder leurs pièces rares dans un coffre-fort.

J'alpague un vendeur, et je lui demande où sont les coccinelles pour exterminer les pucerons. Le type me répond: "Il faut savoir que le but de l'agriculture biologique n'est pas d'exterminer les pucerons mais d'introduire un prédateur naturel afin de rétablir l'équilibre présent dans l'éco-système hab...." Je le secoue en lui demandant d'une voix rauque: "T'as des coccinelles, oui ou non?" Non mais c'est vrai, quoi. C'est la guerre out there, et l'autre me fait un cours de sciences naturelles pour les CM2. Le seul éco-système envisageable à ce stade de mon point de vue est un écosystème avec zéro puceron, et merde pour l'équilibre. C'est une guerre absolue, on ne fait pas de prisonnier, on tire à vue. Le type recule d'un pas, et me dit en tremblant: "J'en aurai demain!" Je lache son col, et je le toise d'un air commiséreux. C'est un gamin. Ils envoient au front des mômes qui n'ont aucune idée de l'horreur qui se joue à l'extérieur.

Je secoue la tête. Demain, il sera trop tard. Quel genre de jardinerie est en rupture de stock de coccinelles quand les rosiers se font tirer comme des lapins par des régiments de pucerons? Il me propose d'un air hésitant d'essayer au savon végétal. Merci bien du tuyau, je ne l'ai pas attendu pour le découvrir. Seulement, vu l'infestation, combattre les pucerons avec du savon végétal, ça revient à combattre Dark Vador avec un coton-tige. Je rallie mon QG, en me disant qu'il faut tenir nos positions coûte que coûte jusqu'à l'arrivée des coccinelles.

Je crois que la bouteille de savon noir y est passée entièrement. J'ai dégommé pendant plus de deux heures, et je pestais mentalement contre le type et son éco-système. Un bon puceron est un puceron mort, et j'ai rageusement écrabouillé l'équilibre naturel avec un gant en latex et un vaporisateur de Briochin. La guérilla savonneuse lors de la Première guerre des pucerons m'avait dégoûtée, je tenais d'un bras le vaporisateur, et de l'autre, je tournais la tête avec une grimace. Je m'inquiète un peu de ce que j'ai écrabouillé sans ciller des légions entières de pucerons pour cette IIè guerre. Je le fais avec un peu trop d'entrain à mon goût. Il faut dire qu'ils ont franchi une limite qu'ils n'auraient jamais du franchir. Ils s'en sont pris à mon rosier préféré, celui qui a fleuri tout l'hiver, celui qui sent merveilleusement bon, celui dont les fleurs sont d'abord oranges avant de pâlir sur le bord des pétales pour prendre une délicate teinte rosée.  Ils ont touché à mon sou fétiche. Ils vont me le payer. Ils me l'ont payé.

Alors même que les statistiques me donnaient perdante dès le départ en raison de mon infériorité numérique, contre toute attente, je me lève victorieuse au milieu de ruines fumantes. Le sol est jonché de feuilles de sopalin ensanglantées de vert, et debout, mes armes à la main, je regarde le rose qui s'étire à l'horizon. Demain, les coccinelles seront là.


Commentaires

    Sinon, le feux est assez efficace et ne flingue pas les abeilles... les roses, oui...
    Mais pas les abeilles

    Posté par Gilsoub, 22 avril 2015 à 23:06
  • Pauvre Petite Princesse, si les pucerons mangent tes roses ce sera pour toi comme si toutes les étoiles s'éteignaient ...
    Et si tu trouvais un aviateur pour te dessiner des coccinelles , ce serait une solution non ?

    Posté par telophase, 23 avril 2015 à 00:35
  • j'ai éclaté de rire (et vraiment approuvé)

    "mais c'est vrai, quoi. C'est la guerre out there, et l'autre me fait un cours de sciences naturelles pour les CM2."
    j'aurais pas mieux dit .... et c'est de criconstance

    Posté par monkaleidoscope, 23 avril 2015 à 10:08
  • chères coccinelles
    j'espère que vous êtes désormais bien arrivées chez Chere
    et bien en rang, bien motivées
    Ceher vous lira saint Crispin's day", puis vous serez gonflées à bloc
    et avant que le soleil de jeudi ne se couche, vous aurez fait votre oeuvre avec bravoure, succès et fierté

    Posté par monkaleidoscope, 23 avril 2015 à 10:10
  • le discours de "lancement" de l"opération coccinelles

    That he which hath no stomach to this fight,
    Let him depart; his passport shall be made,
    And crowns for convoy put into his purse;
    We would not die in that man’s company
    That fears his fellowship to die with us.
    This day is call’d the feast of Crispian.
    He that outlives this day, and comes safe home,
    Will stand a tip-toe when this day is nam’d,
    And rouse him at the name of Crispian.
    He that shall live this day, and see old age,
    Will yearly on the vigil feast his neighbours,
    And say “To-morrow is Saint Crispian.”
    Then will he strip his sleeve and show his scars,
    And say “These wounds I had on Crispin's day.”
    Old men forget; yet all shall be forgot,
    But he’ll remember, with advantages,
    What feats he did that day. Then shall our names,
    Familiar in his mouth as household words-
    Harry the King, Bedford and Exeter,
    Warwick and Talbot, Salisbury and Gloucester-
    Be in their flowing cups freshly rememb’red.
    This story shall the good man teach his son;
    And Crispin Crispian shall ne’er go by,
    From this day to the ending of the world,

    Posté par monkaleidoscope, 23 avril 2015 à 10:15
  • Mdr, j'ai rarement lu quelqu'un autant inspiré par les pucerons... laisses-en vivre au moins un ou deux, ils l'auront bien mérité quand même... trop drôle.

    Posté par Lireine, 23 avril 2015 à 17:14
  • Il y a l'huile d'olive aussi !!
    Une fois le puceron mort, tu récupères le tout et en salade avec une laitue bien fraiche c'est excellent !
    Ou alors remplacer les rosiers par des pissenlits. Le puceron il aime pas
    C'est juste moins décoratif, mais ça fait intello au fleurissement. La fleur de pissenlit ça a un petit coté vintage de chez Larousse....

    Posté par alainx, 23 avril 2015 à 22:06
  • Il y a bien mieux, pour un génocide total ! Vendre ton âme à Monsanto... Le meilleur dans le genre... Un génocide assuré, mais un rosier sauvé.
    Bisous à toi Ceher.

    Posté par margimond, 24 avril 2015 à 10:32
  • @Gilsoub: plaisante pas avec ces choses-là, j'ai envisagé l'huile bouillante, histoire de rester dans les méthodes médiévales. La main maternelle m'a retenue in extremis.
    @ma Télo: J'en ai marre, des pucerons Mais je me demande si je n'ai pas fait le tour aussi des hommes qui volent...
    @mon Kaléido: le chant de St Crispin est devenu mon hymne militaire. Je trouve qu'il dit plein de choses très vraies, et je te remercie de me l'avoir fait découvrir. Les renforts coccinelliens ne sont pas encore arrivés, mais je vois le ciel s'assombrir avec joie. Une bonne douche, ça va les calmer, les pucerons, tu vas voir ça!
    @ Haaaaaaaan Lireine! T'es pas bien? Laisser un puceron??? Tous les psychopathes du jardinage le disent: un puceron suffit, un seul, pour repeupler la planète!
    @alainx: écoute, pour le moment, je vais tenter de sauver le Petit Robert (c'est mon rosier. Sauf qu'en fait il s'appelle pas Robert mais Gigi, mais Gigi c'est pas le nom d'un dictionnaire, alors ça faisait pas la blague, tu comprends.)
    @Margi: Jamais, tu m'entends? Jamais! Le jour où j'achèterai un produit Monsanto, les poules auront des plumes en peau d'escargot!

    Posté par Ceher, 24 avril 2015 à 13:42
  • piège à pucerons

    y'a un truc que j'ai essayé, qui marche bien trop bien même : les capucines. Tu plantes une capucine. La pauvre, tu peux considérer que tu l'offres en sacrifice. Les pucerons se ruent dessus, ils adorent. Du coup, ça libère les rosiers. Mais dur dur pour la capucine.....
    Moi je suis pas pour les coccinelles. Quand ils ont lancé ça, dans les années 80, ils ont acheté des coccinelles asiatiques, moins chères -tiens!-des millions de coccinelles asiatiques, qui se reproduisent hyper vite et qui sont en voie d'éliminer nos petites coccinelles toutes gentilles. Un truc soi disant écolo à la base, qui se révèle être d'un effet tout à fait pervers.
    Moi j'men fous des pucerons, j'aime pas les rosiers (sauf les grimpants) parce qu'ils ont des tiges toutes raides, épineuses, moches. Les fleurs sont jolies, certes.....

    Posté par yonder, 24 avril 2015 à 14:15
  • Dark side of ze Nours

    J'adore ! Un café caramel, un bol de fromage frais avec des Bjorgs, et un message de Ceher pour commencer la journée ! Putain, mais c'est vrai que la vie est belle.

    De mon coté, cette haine sanguinaire je l'ai pour les moustiques. Evidemment, personne n'aime ces salopards des hautes mers. D'ailleurs les éléments piqueurs sont en général des salopards femelles (plus classe que "salope", non ?)
    Tout le monde les chasse.
    Moi, non.
    Moi, je les éclate.
    Et avec un rire sardonique à chaque fois.....
    PLAAAAF! ....Gniark gniark gnairk.....
    PLAAAAAAAF.... gnignignigni....

    Ah... la séance est finie ? Dites docteur, on pourrait desserrer la combinaison blanche ?

    Posté par Nours, 25 avril 2015 à 10:26
  • Mince, si ça cite Shakespeare sur ce blog maintenant... mais jusqu'où s'arrêteront-ils !?

    Posté par Nours, 25 avril 2015 à 10:35
  • Ben moi je suis séduit par ta guerilla. Je t'imagine avec tes rangers le treillis vert tacheté de taches noires le bandanas rouge dans les cheveux et les traces noires de bouchons de liège brûlés sur ton visage de combattante. En une après midi, réussir à exterminer autant de parasites, je me dresse devant mon écran et ému aux larmes je dis d'une voix forte et puissante : Vive la France !

    Posté par jacques, 25 avril 2015 à 14:42
  • Merci, Jacques

    Je savais que tu apprécierais la beauté de la guerre. Je pense cependant que tu seras peut-être le seul à être séduit par mon look de puceron-combattante, parce que j'ai remarqué que mes voisins d'en face avaient déménagé et que ceux du dessous fermaient leurs volets dès que j'empoigne ma pince à cheveux (celle qui tient bien les cheveux en arrière et dégage le champ de vision à 360 degrés).

    Posté par Ceher, 26 avril 2015 à 16:01
  • @Nours: c'est bien, entre moustico-allergiques, on se comprend. Le moustique me fait à peu près le même effet que le nom de Ben Laden aux Américains: des années de traumatisme, mais je finirai bien par lui péter la gueule.

    Posté par Ceher, 26 avril 2015 à 16:03
  • @Yonder: c'est quoi cette histoire de coccinelle asiatique? Mince alors! Si même les coccinelles sont fabriquées en Chine, maintenant! Mais quelle horreur! Heureusement que tu me dis ça maintenant, le mal n'est pas encore fait, je n'ai pas encore investi dans mon armée coccinellienne.
    Bon. Je sens le coup venir où seul mon ami le savon noir sera à mes côtés pour la IIIème guerre des pucerons. L'été va être long.

    Posté par Ceher, 26 avril 2015 à 16:05

Poster un commentaire