31 août 2017

Spam

On sait que c'est un spam quand on reçoit un e-mail d'Orange qui commence par 'Nous vous devons des excuses'.

Posté par Ceher à 12:47 - Commentaires [ 3]

28 février 2016

Oyez oyez bonne gens!

Histoire de pas effrayer le chaland abonné à ce blog qui a peur de voir sa boîte mail mourir étouffée par ensevelissement quotidien, j'ai décidé de déménager mes pénates 366iennes sur l'Ancriabulleur!

lancriabulleur.canalblog.com

 

 

Posté par Ceher à 20:17 - Commentaires [ 3]
21 février 2016

Vide-grenier

Les greniers, c'est comme les caves, c'est jamais vide. Et en sortant de l'immeuble de cet ami qui m'a confié les clés de son chat, mes yeux tombent sur une affiche du syndic: lundi 29 février, début de la rénovation des caves, n'oubliez pas de vider la vôtre.

Bon courage, ami, me dis-je, j'ai dans l'idée que ta cave est comme ton coeur, elle déborde.

 

Posté par Ceher à 22:57 - Commentaires [ 2]
07 décembre 2015

La sanglante histoire de la Poterie infernale

Sans titre

 

Je soupçonne Copinette d'avoir des vues sur mon héritage parce qu'après l'échec de mon décès au jogging l'hiver dernier, elle m'a traînée il y a peu à un atelier de poterie.

Le principe de base était simple: la patouille et la gadoue étant les deux mamelles de notre religion personnelle, le stage de poterie venait un peu comme le pompon sur le gâteau (si, le pompon).L'idée initiale de Copinette était de nous inscrire à un cours de poterie pour un an. Halte-là jeune gourgandine, lui ai-je finement dit, et si on commençait par un weekend, pour voir? C'est dans des moments comme ça que je m'aperçois à quel point j'ai raté une grande carrière dans la diplomatie ou la pâtisserie industrielle parce que Copinette a opiné du bonnet sans broncher.
Elle s'est vengée en ciblant un atelier situé à l'autre bout de Paris impliquant au moins un passage de ma part à Châtelet et à République. J'ai trouvé ça bas, mais j'ai obtempéré.

Nous voilà donc fraîches comme des gardonnes devant l'atelier en question. Nous sommes trois, une ancienne élève qui rempile pour un tour (ah ah jeu de mots pour les initiés!), Copinette, et moi, donc. Et la prof, qui doit avoir environ 12 ans de moins que nous, qu'ai-je fait de ma jeunesse, je me le demande.

Personne ne m'avait dit que la poterie est un art guerrier. C'est un combat de chaque instant pour garder le dessus sur la petite crotte d'argile qui tente de se faire la malle au milieu (dans le meilleur des cas) du tour. Je jure que cette chose est vivante, et j'égrène tout mon chapelet d'injures à mi-voix quand la chose en question passe en mode offensif en me bombardant. "Ralentis, Céher", me dit la prof. Et à ce stade, je me dis qu'elle doit avoir de la Maizena dans les yeux, parce qu'il est évident que la décision ne m'appartient plus, C'est Crottor 1er qui mène la danse. Au terme du premier exercice, je jette un oeil à Copinette, qui s'en sort un peu mieux que moi mais je jure qu'elle a des rides qu'elle n'avait pas cinq minutes plus tôt. Voilà ce que la poterie a fait de nous, me dis-je en secouant la tête, faisant ainsi tomber ma pince à cheveux sur ma motte d'argile.

A partir de là, ma vie ressemble furieusement à ce gag du gars qui marche sur un chewing-gum et qui essaie de le décoller de sa semelle avec ses doigts. J'essaie de ramasser ma pince, et avant d'avoir eu le temps de dire "Bricomarché", j'ai de l'argile jusqu'aux coudes. Coudes que j'essaie astucieusement d'essuyer sur mon pantalon, m'effleurant la joue au passage. Résultat des courses: je ressemble à Pocahontas qui serait partie en cure de thalasso avec le Roi de Belgique. Tragique. J'ai besoin d'une pause, et la troisième élève du groupe, la nana qui en est à son deuxième stage-tellement-elle-aime-ça pose une question si technique qu'on dirait qu'elle a avalé le Béscherelle et qu'elle le vomit dans le désordre. Connasse.

Copinette me jette un regard douloureux, à mi-chemin entre "Pourquoi je t'ai embarquée dans cette galère, ma précieuse?" et "t'as fini de me faire honte, oui?" et dans un sursaut de courage, je me désemparpille (de dés-, et -éparpiller) et je m'y remets en pestant que je suis un signe de Terre, y a pas moyen, ça devrait me parler, c'te bon d'la d'poterie, merdeuuuu!

Puis la prof nous parle de passer à la conception d'un bol, plus complexe, et j'ai comme un blanc. Plus complexe que quoi, que veut-elle dire? Je nage en plein art abstrait, il n'y a rien de concret ni de simple dans l'amas de terre cuite qui agonise sournoisement devant moi, alors plus complexe, non je ne vois pas. Je bugge. Moi je venais chercher du Patrick Swayze et de l'érotisme, et je me retrouve les cheveux dans les yeux à jouer aux moto-crottes. Mon établi ressemble à la Louisiane mais plus post-Katrina que version Nino Ferrer, quand même, et j'entends déjà les voix familiales commenter la ressemblance troublante de mon tour de poterie avec mon assiette à table. "Le passage du Diable de Tasmanie", selon Céher Père, qui ferait mieux d'avoir des références plus littéraires, espèce de jeune godelureau qui sait même pas éduquer ses gosses. Oui je suis méchante.  A ce stade de désespoir profond, n'importe qui devient méchant. C'est une réaction de survie.

Je m'essaie au bol. Ca me va aussi bien que la coupe du même nom créativement imaginée par mes parents quand j'avais 4 ans.

Finalement, la seule étape qui me réussira à peu près sera la finition du fond, parce qu'il faut couper. Ca doit me rappeler mes rosiers, je sais pas, il doit y avoir une espèce d'exutoire thérapeutique rapport à mes derniers échecs avec la gent masculine, en tout cas j'aime ça et je m'en tire pas mal. La meilleure preuve en est que je surprends un regard de Copinette qui lorgne chez moi, je m'indigne en l'accusant d'espionnage industriel. Elle me regarde d'un air commiséreux que je n'apprécie pas, mais alors pas du tout.

Au bout de deux jours à ce rythme-là, Copinette sur les rotules admet qu'on a, je cite, 'peut-être bien fait de ne pas partir sur un cours à l'année'. J'hésite à la réduire en bouillie.

Quelques jours plus tard, je discute avec un photographe qui me parle de la terre aride et ingrate, difficile et indomptable et j'approuve avec force cette description.

- Vous aussi vous connaissez les plaines sub-sahariennes du Tchad écrasées de chaleur et complètement stériles?

- Non, moi j'ai fait un stage de poterie.

 

 

Photo (c) Copinette

 

01 décembre 2015

Concert

Ca fait drôle de voir défiler un paysage qu'on n'a vu qu'une seule fois auparavant, il y a treize ans, pour aller voir les mêmes êtres déjà proches jouer en concert. Un long ruban encombré de souvenirs, de bouderies et de fous rires fulgurants se déroule sur 13 mètres de ma mémoire. 13, un chiffre lourd de sens, ces derniers temps.

Le coeur gros de tout ce qui vient de se passer dans ma vie et dans ma ville, je me dis que ce train ne se déplace pas seulement dans l'espace, il se déplace aussi dans le temps. Et je repense à Siamois, mon Siamois, un bébé de vingt ans, "on avait tous des joues, à l'époque, tu t'rends compte?" m'a-t-il dit ce weekend.

La salle est grande, il est 16h, j'arrive au moment de la balance. Les Siamois, très pros, discutent fermement depuis la scène avec la régie. Je me fais toute petite et me glisse sur un des sièges au fond de la salle. Siamois 2 vient me coller une bise sur la joue avant de se laisser couler dans le siège à côté de moi. Le trac s'imprime en petits motifs partout sur ses joues, comme la marque de l'oreiller le matin. Puis on l'appelle, il remonte sur scène. Mon regard se perd inconsciemment sur les panneaux lumineux qui me crient avec un vert significatif "sortie de secours!". Au cas où. Je préfère ne pas y penser. Et pourtant je ne pense qu'à ça depuis ce matin, depuis cette Gare de Lyon déserte dans laquelle j'ai vainement cherché du regard des militaires probablement tous affectés à la COP21, depuis ce TGV où j'ai scruté chaque nouveau passager débarquant dans le wagon, depuis les rues de cette ville de taille moyenne, tentant d'évaluer si elle ferait une bonne candidate au JT ou si je peux profiter de ma soirée. En décidant de ne pas y penser, j'ai attiré ma propre attention sur le sujet, et je galope comme un hamster dans sa roue. Je ne suis pas la seule à y penser. Chaque passager a les yeux qui traînent, chaque passant me dévisage, et Siamois qui vient vers moi a cette gravité dans son regard qui me dit que lui aussi, il y pense.

Et puis les heures s'enchaînent de plus en plus vite, elles glissent comme des perles sur le fil d'une aiguille, et alors que je croise le bassiste des Siamois en train de se griller une clope entre deux répèt', je souris en songeant à quel point notre bateau s'éloigne des petits concerts amateurs dans des salles minuscules il y a treize ans, pour loucher de plus en plus fort vers les rivages professionnels. Cette salle, m'a-t-on dit, est la plus grande salle après le Zénith, réservé aux stars internationales qui jouent à guichet fermé.

L'heure de dîner approche, Siamois 2 et moi résistons le plus longtemps possible à l'appel du ventre avant de céder et d'être les premiers à table, essuyant les vannes de l'équipe. Je n'ai jamais vécu un concert de l'intérieur, côté coulisses, c'est une première pour moi. Un rideau d'adrénaline nous sépare de l'espace réservé au public, je sens que la plupart des personnes présentes redoute le moment de le traverser. J'aurais sûrement absorbé ce stress comme une éponge si le mien, ce soir, n'avait pas été occupé ailleurs, du côté de la sécurité, à compter les vigiles, à repérer les accès, à graver le plan de la salle dans mon esprit.

Et puis le concert. J'oublie tout. Mes Siamois sont lumineux. Leurs musiciens sont lumineux. Finalement, il n'y a que les lumières qui ne brilleront pas ce soir, ce qui alimentera la conversation du voyage de retour en TGV le lendemain pendant que je me laisserai bercer par les voix des garçons assis autour de moi. 

C'est au moment de donner un coup de main au vestiaire, dans le hall de la salle de spectacle, quand Siamois, Siamois 2 et leur première partie seront occupés un peu plus loin à signer des autographes, que cette phrase me traversera la tête malgré moi: "c'est bon, ils ne viendront plus, maintenant!" Siamois me confiera plus tard dans la nuit qu'il a eu cette même pensée au même moment: en voyant la foule s'amincir autour de lui pendant ses dédicaces, il s'est dit: "ils ne viendront plus, maintenant!"

Nous nous sommes couchés à des heures indiscrètes, et le dernier sujet abordé avant de sombrer fut les attentats. Nous avons tous émergé à la gare le dimanche midi avec des têtes improbables, et j'ai eu ce frisson d'excitation du gamin qui part en voyage scolaire en délaissant mon fauteuil de 1ère classe isolé pour suivre les 6 trentenaires aux voix graves dans leur wagon de 2de. Je ne sais plus qui a dit, on a l'impression de partir en colonie avec les copains. Les revues n'étaient pas tout à fait les mêmes, les sujets étaient un peu plus graves, les opinions politiques plus argumentées, les sandwiches plus raisonnables (sauf le mien). Les blagues débiles ont fusé quand même, les réparties étaient plus spirituelles et d'autant plus drôle et il y avait encore Star Wars. Mais il y avait une gravité qui n'y était pas il y a treize ans, ça c'est sûr. Je me suis demandé à quoi ça tenait, si c'était l'âge ou le contexte. Un peu des deux, sans doute.
Une évidence s'est imposée à moi dans ce TGV qui filait vers une capitale eventrée: aucun de nous 7 ici n'est plus un enfant depuis le 13 novembre.

2015, voilà ce que tu as fait de nous.