21 mai 2019

Maternité

Je reprends du service parce qu'il y urgence: ce blog a une mission d'information impartiale et objective à délivrer au monde et en particulier aux futures mères - celles qui ont encore le choix, j'entends. Celles qui sont déjà enceintes, c'est foutu, bienvenue dans notre camp de déportées de la vie.

Ce post a donc pour vocation de livrer toute la vérité et rien que la vérité sur la maternité, je m'inscris dans les pas de Florence Foresti et de son motherfucker de spectacle dont on ne sait pas trop si le titre correspond à une interprétation littérale du désastre de la vie post-accouchement ou à son cri du coeur quand elle se rend compte à quel point elle s'est foutu l'utérus dans l'oeil jusqu'au coude en cédant aux sirènes maternelles, ces saloperies.

Lectrice, mets ton harnais de sécurité, respire un grand coup, ceci va te faire le même effet que le Tonnerre de Zeus du Parc Astérix (oui, mon weekend a été dur). Mise en situation: soit un enfant de 17 mois. Soit une mère qui commence déjà à se demander si tout ça n'était pas un peu une toute petite erreur depuis le début et est-ce que je peux changer d'avis et retourner genre 7 ans en arrière, oups attention monsieur, vous marchez sur mes cernes, tout ça. Juste quand elle pensait que les choses ne pouvaient pas être pire, let's face it, maintenant je ne peux que remonter, pof, l'enfant attrape une gastro.

S'ensuivent trois jours et autant de nuits d'une rare violence que je suis obligée de censurer ici, au cours desquels la mère envisage de se pacser avec sa machine à laver. L'enfant semble lentement se transformer en koala greffé sur son ventre, jour, nuit, jour, nuit, et tout ce désert de solitude de la jeune (elle y croit encore) maman n'est traversé que par les éclats réguliers des suppositoires de Vogalène (et essayez donc de mettre un suppositoire à un mec qui a 40 de fièvre à 2h du matin, quel que soit son âge, il ne le prendra pas très bien). C'est à ce point précis que la femme se prend en pleine face  toute l'horreur de sa condition maternelle: deux ans auparavant, elle aurait tapoté sur internet 'Vogalène' et aurait hoché la tête en tut-tutant du bout des lèvres "ah je vois ici que le Vogalène est sur la liste noire des médicaments - ses effets secondaires peuvent être très graves et surseoir à son efficacité, ores donc je m'apprête à m'abstenir d'ingurgiter la médecine prescrite si légèrement par un sieur à la solde des laboratoires pharmaceutiques". Mais voilà, on n'est plus deux ans plus tôt, on est deux ans et trois kilos deux plus tard, et la mère en sueur, échevelée, arrache la boîte de suppos de la main du pharmacien et déchire fébrilement l'emballage du médicament en marmonnant le regard perdu "si je lui donne maintenant, ça commencera à faire effet le temps que je rentre à la maison, donc je pourrai lui donner l'adiaril dans 20 mn et lui faire boire son Diargal une heure plus tard comme ça il pourra dormir tranquillement entre 17h24 et 17h42". Oui, à ce stade, la femme se rend bien compte qu'elle a un peu rogné sur ses convictions josébovéennes. Lectrice, si tu entres dans la catégorie décrite ici mais que tu ne te reconnais pas, mais alors pas du tout dans ces considérations cataclysmiques, sois honnête et compte le nombre de médicaments commençant par Diar- que tu connais. Si tu peux en citer plus de deux, je suis désolée de t'annoncer que tu es atteinte de mauvaise foi et que SURPRISE, ton quotidien a été kidnappé et remplacé par son jumeau diabolique.

Alors que la jeune (elle y croit toujours) maman survit à trois jours de pur cauchemar domestique, elle brandit victorieuse la première couche de son enfant qui a enfin passé le test de l'étanchéité (la couche, pas l'enfant. Encore que ça revienne au même) en criant "SURVIVOR!" avec un sourire de guerrière. C'est à ce moment qu'elle manifeste à son tour les premiers symptômes de la gastro.

**CENSURE**

Alors que la jeune (elle n'a pas encore eu la force de se traîner jusqu'au miroir) maman survit à quatre (elle a refusé de prendre les suppositoires de Vogalène) jours de pur cauchemar domestique, elle tend les bras vers son enfant, tenu à distance pendant sa maladie par un père aussi docte qu'indélicat "Ben on n'allait pas risquer qu'il la rattrape!" (Surtout que cette fois-ci, ce serait logiquement lui qui serait en charge de l'opération Suppôt de Vogalène, Dieu m'en préserve! ). La mère a donc cet élan de tendresse vers son enfant au terme d'une semaine dans la chambre de la mort, en mode toi et moi mon fils, on a vécu la même chose, on a une connexion au-delà des mots. Et l'enfant tend les bras vers son père en disant: "Nonononononon, pas mamou." Pour peu que la mère insiste, il lui fiche une baffe.

S'ensuivent trois jours de weekend d'une rare violence, rythmés par des crises de colère, des roulades, des coups de pied, tout est bon dans le cochon sauf son caractère. La maman (elle a enfin croisé un miroir) ébahie se tourne vers l'Homme, "où est notre fils, pourquoi l'as-tu vendu et remplacé par un gremlin?", ou encore "Mais combien de temps je suis restée malade, au juste?", relents de Belle au Bois Dormant avec la gueule de bois, elle cherche à comprendre, et oups attention monsieur, vous marchez sur mes rides!

Trois jours à compulser fiévreusement les livres de parentalité positive, de pédagogie non-violente, l'enfant a besoin d'empathie et de douceur, et quand il vous plante une fourchette dans l'oeil, il exprime en fait un profond désarroi (moi aussi, j'aime moyen le mode nocturne), il faut l'aimer en douceur, et quand il tond le chat en fait il essaie d'attirer votre attention et quand il vous démonte la colonne vertébrale à coups d'arbre ChloroFil, en réalité il vous aime (est-ce qu'il vous aimera toujours en mode tétraplégique, seul l'avenir le dira), et donc, patience, s'il bazooke toute la maison et sa mère en particulier, surtout, ne vous affolez pas, parlez-lui calmement (perso, la maman en est à crier calmement pour avoir une chance qu'il l'entende par-delà ses hurlements).

La mère, épuisée, dépose l'enfant chez la nourrice et prend le train du quai 9 3/4 à destination de sa vie de femme célibataire dans son petit studio parisien. Pour SOUFFLER. Pour prendre la mesure de l'immense pétrin dans lequel elle s'est fourrée et tous ces sacrifices, cette dernière saison de The Crown qu'elle n'a même pas pu voir pour vaquer à son emploi de mère à plein temps. Elle balaie les pages du livre Sorcières de Mona Chollet et se dit merde merde merde, c'est pas vrai, c'est pas vrai ! à voix basse, tout était là, pourquoi elle a pas lu ce livre avant, putain, pourquoi??? Elle se fait un thé. Son téléphone bippe. C'est un texto de Soeurette:

- Bon ma pauvre, on n'a pas fini d'en baver avec le gremlin. Je viens de voir sur internet qu'entre 18 et 36 mois, c'est l'âge des crises de colère. Et tous les signes que Bichou a manifestés sont décrits: hurlements, coups, lancers d'objets, roulades par terre, technique de pépé le corse qui retient sa respiration. La bonne nouvelle, c'est que c'est normal. La mauvaise, c'est que ça peut durer jusqu'à 4 ans.

 

Alors là, la mère se dit: je vais partir acheter des cigarettes, je reviens en 2022. Mais avant ça, je vais révéler la vérité au monde sur la maternité. C'est pas normal qu'on ne nous prévienne pas avant pour prendre une décision informée. Rien. Personne ne dit combien on a TOUS les symptômes de la montgolfière gonflée à l'hélium quand on est enceinte et comment un teint de chameau asthmatique n'a RIEN de rayonnant. Comment les contractions, c'est la pire chose qui ait été inventée pour la condition féminine après Donald Trump. Comment les nuits blanches, c'est pas du tout pour contempler la beauté du nouveau-né au clair de lune, c'est qu'il pleurait trop fort pour qu'on puisse continuer à faire semblant de dormir. Comment c'est un package parce que tu te coltines le modèle adulte en plus du miniature, 'mais t'énerve pas, chérie, je ne suis pas ton ennemi, je suis là pour t'aider! - mais pas jeudi, j'ai musique'. Et après le petit rat, il fiche des baffes à sa mère en criant "papaaaaaa!" quinze fois par minute.

Et puis la mère se dit, je vais faire mieux que ça. Je vais écrire un post là-dessus.

 

 

 

 


31 août 2017

Spam

On sait que c'est un spam quand on reçoit un e-mail d'Orange qui commence par 'Nous vous devons des excuses'.

Posté par Ceher à 12:47 - Commentaires [ 7]
28 février 2016

Oyez oyez bonne gens!

Histoire de pas effrayer le chaland abonné à ce blog qui a peur de voir sa boîte mail mourir étouffée par ensevelissement quotidien, j'ai décidé de déménager mes pénates 366iennes sur l'Ancriabulleur!

lancriabulleur.canalblog.com

 

 

Posté par Ceher à 20:17 - Commentaires [ 4]
21 février 2016

Vide-grenier

Les greniers, c'est comme les caves, c'est jamais vide. Et en sortant de l'immeuble de cet ami qui m'a confié les clés de son chat, mes yeux tombent sur une affiche du syndic: lundi 29 février, début de la rénovation des caves, n'oubliez pas de vider la vôtre.

Bon courage, ami, me dis-je, j'ai dans l'idée que ta cave est comme ton coeur, elle déborde.

 

Posté par Ceher à 22:57 - Commentaires [ 2]
07 décembre 2015

La sanglante histoire de la Poterie infernale

Sans titre

 

Je soupçonne Copinette d'avoir des vues sur mon héritage parce qu'après l'échec de mon décès au jogging l'hiver dernier, elle m'a traînée il y a peu à un atelier de poterie.

Le principe de base était simple: la patouille et la gadoue étant les deux mamelles de notre religion personnelle, le stage de poterie venait un peu comme le pompon sur le gâteau (si, le pompon).L'idée initiale de Copinette était de nous inscrire à un cours de poterie pour un an. Halte-là jeune gourgandine, lui ai-je finement dit, et si on commençait par un weekend, pour voir? C'est dans des moments comme ça que je m'aperçois à quel point j'ai raté une grande carrière dans la diplomatie ou la pâtisserie industrielle parce que Copinette a opiné du bonnet sans broncher.
Elle s'est vengée en ciblant un atelier situé à l'autre bout de Paris impliquant au moins un passage de ma part à Châtelet et à République. J'ai trouvé ça bas, mais j'ai obtempéré.

Nous voilà donc fraîches comme des gardonnes devant l'atelier en question. Nous sommes trois, une ancienne élève qui rempile pour un tour (ah ah jeu de mots pour les initiés!), Copinette, et moi, donc. Et la prof, qui doit avoir environ 12 ans de moins que nous, qu'ai-je fait de ma jeunesse, je me le demande.

Personne ne m'avait dit que la poterie est un art guerrier. C'est un combat de chaque instant pour garder le dessus sur la petite crotte d'argile qui tente de se faire la malle au milieu (dans le meilleur des cas) du tour. Je jure que cette chose est vivante, et j'égrène tout mon chapelet d'injures à mi-voix quand la chose en question passe en mode offensif en me bombardant. "Ralentis, Céher", me dit la prof. Et à ce stade, je me dis qu'elle doit avoir de la Maizena dans les yeux, parce qu'il est évident que la décision ne m'appartient plus, C'est Crottor 1er qui mène la danse. Au terme du premier exercice, je jette un oeil à Copinette, qui s'en sort un peu mieux que moi mais je jure qu'elle a des rides qu'elle n'avait pas cinq minutes plus tôt. Voilà ce que la poterie a fait de nous, me dis-je en secouant la tête, faisant ainsi tomber ma pince à cheveux sur ma motte d'argile.

A partir de là, ma vie ressemble furieusement à ce gag du gars qui marche sur un chewing-gum et qui essaie de le décoller de sa semelle avec ses doigts. J'essaie de ramasser ma pince, et avant d'avoir eu le temps de dire "Bricomarché", j'ai de l'argile jusqu'aux coudes. Coudes que j'essaie astucieusement d'essuyer sur mon pantalon, m'effleurant la joue au passage. Résultat des courses: je ressemble à Pocahontas qui serait partie en cure de thalasso avec le Roi de Belgique. Tragique. J'ai besoin d'une pause, et la troisième élève du groupe, la nana qui en est à son deuxième stage-tellement-elle-aime-ça pose une question si technique qu'on dirait qu'elle a avalé le Béscherelle et qu'elle le vomit dans le désordre. Connasse.

Copinette me jette un regard douloureux, à mi-chemin entre "Pourquoi je t'ai embarquée dans cette galère, ma précieuse?" et "t'as fini de me faire honte, oui?" et dans un sursaut de courage, je me désemparpille (de dés-, et -éparpiller) et je m'y remets en pestant que je suis un signe de Terre, y a pas moyen, ça devrait me parler, c'te bon d'la d'poterie, merdeuuuu!

Puis la prof nous parle de passer à la conception d'un bol, plus complexe, et j'ai comme un blanc. Plus complexe que quoi, que veut-elle dire? Je nage en plein art abstrait, il n'y a rien de concret ni de simple dans l'amas de terre cuite qui agonise sournoisement devant moi, alors plus complexe, non je ne vois pas. Je bugge. Moi je venais chercher du Patrick Swayze et de l'érotisme, et je me retrouve les cheveux dans les yeux à jouer aux moto-crottes. Mon établi ressemble à la Louisiane mais plus post-Katrina que version Nino Ferrer, quand même, et j'entends déjà les voix familiales commenter la ressemblance troublante de mon tour de poterie avec mon assiette à table. "Le passage du Diable de Tasmanie", selon Céher Père, qui ferait mieux d'avoir des références plus littéraires, espèce de jeune godelureau qui sait même pas éduquer ses gosses. Oui je suis méchante.  A ce stade de désespoir profond, n'importe qui devient méchant. C'est une réaction de survie.

Je m'essaie au bol. Ca me va aussi bien que la coupe du même nom créativement imaginée par mes parents quand j'avais 4 ans.

Finalement, la seule étape qui me réussira à peu près sera la finition du fond, parce qu'il faut couper. Ca doit me rappeler mes rosiers, je sais pas, il doit y avoir une espèce d'exutoire thérapeutique rapport à mes derniers échecs avec la gent masculine, en tout cas j'aime ça et je m'en tire pas mal. La meilleure preuve en est que je surprends un regard de Copinette qui lorgne chez moi, je m'indigne en l'accusant d'espionnage industriel. Elle me regarde d'un air commiséreux que je n'apprécie pas, mais alors pas du tout.

Au bout de deux jours à ce rythme-là, Copinette sur les rotules admet qu'on a, je cite, 'peut-être bien fait de ne pas partir sur un cours à l'année'. J'hésite à la réduire en bouillie.

Quelques jours plus tard, je discute avec un photographe qui me parle de la terre aride et ingrate, difficile et indomptable et j'approuve avec force cette description.

- Vous aussi vous connaissez les plaines sub-sahariennes du Tchad écrasées de chaleur et complètement stériles?

- Non, moi j'ai fait un stage de poterie.

 

 

Photo (c) Copinette