28 mars 2020

Coronation Jour je-sais-plus-combien

Depuis le début, je suis persuadée que ce confinement va générer une prise de conscience massive de l'Humanité, changer son rapport au monde, à la Nature, rectifier sa consommation, son capitalisme, son absurdité. Je me réjouis en répétant à qui veut m'entendre (et ça fait pas beaucoup de monde, en confinement avec un enfant, un homme et un chat) que le Français va enfin comprendre que le sens de la vie de réside pas dans l'Achat.

Et puis Mademoiselle Bio m'envoie un message. 'Votre panier vous attend.'

Comment ça, mon panier m'attend? Je ne sais pas pour le coronamachin, mais Alzheimer, ça c'est sûr, parce que je n'ai aucun souvenir d'avoir commencé à paniéter des choses chez Mademoiselle Bio. Je me rends sur le site, pour vérifier. Mon panier est vide, je me rends compte que c'était un piège: une fois sur la page, je n'en déquille plus. Je veux dire, tous ces mots qui font rêver, pains dermatologiques, huile et beurre démaquillants, eau florale. Pensez donc, du 'savon solide', à l'heure où le cours de l'action St Marc ménage dépasse celui de Total ! Je suis cuite.

Dans un suprême effort de volonté, je m'apprête à cliquesortir du site quand mon oeil attrape l'onglet "Idée cadeau bébé enfant". La curiosité l'emporte. Bon pour Pâques, je pensais plus à des lapins en chocolat ou des cocottes en sucre, mais le baume à lèvre nacré vanille pourquoi pas. Je m'attarde sur le kit maquillage 8 couleurs mondes enchantés, l'Homme qui passe derrière mon écran à ce moment-là me jette un regard noir. C'est vrai, ce sont ses murs après tout, on va s'abstenir pour le moment niveau maquillage 8 couleurs et tant pis pour les mondes enchantés qui resteront vierges jusqu'à la prochaine videur de mon panier.

Mon oeil espiègle rebondit de nouveau, cette fois sur la catégorie 'éliminer les poux naturellement'. Ca me rappelle un panneau d'avertissement un matin à la crèche: "des poux circulent à la crèche. Pensez à vérifier la tête de votre enfant et à le traiter si nécessaire". C'était le 12 mars, deux jours avant la fermeture totale sans échéance de la crèche. Comme quoi, le confinement n'a pas que du mauvais. Et je ne parle même pas du changement des mentalités face à l'hyperconsumérisme, me dis-je en fermant la fenêtre Mademoiselle Bio sur un panier désespérément vide.

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23 mars 2020

Coronation Jour 7

Je crois que la réalité de la pénurie ne m'a vraiment heurtée qu'au moment d'entamer mon dernier Petit Ecolier. Je veux dire, j'aime bien les choux de Bruxelles, mais je pense que je peux survivre à six semaines sans rassemblement de plus de dix personnes avec eux.Le sucre, en revanche, c'est mon alimentation de base. Et là, toute seule assise devant le placard d'épicerie, je vis mon premier vrai drame après la fermeture du parc: les réserves de sucre sont critiques et les Granola sont attaqués sur le flanc Est. Un coup d'oeil plein d'espoir au pot de Nutella de 800g m'apprend que ce front-là ne tiendra guère plus de trois jours. Le bilan est clair: il va falloir que je me lance dans la guerre du ravitaillement.

 

Comme nous sommes en 2020, la guerre du ravitaillement, appelons-la GR parce qu'elle a tout du sentier de randonnée corse en tongs au mois de février, est virtuelle. En pleine science-fiction, j'empoigne mon clavier, et je me jette dans la bataille. Intermarché a jeté l'éponge dès le 1er jour. Casino a bien résisté, cependant on sent bien qu'on n'est plus à la foire au poney locale, mais à l'hippodrome de Longchamp: il va falloir affronter les grands.

Courageuse, je me connecte à Carrefour Drive. Par connecter, j'entends : me placer dans la file d'attente pour accéder au site. J'ai l'impression d'être à Eurodisney et de faire la queue pour avoir droit au grand huit du rayon crèmerie. Les minutes égrenées par le compteur créent un suspense intenable, treize minutes, cinq minutes, une minute, moins de une minute, franchement, la NASA c'est des petits joueurs avec leur fusée Tintin à Cap Canaveral. Finalement, ayé, j'y suis, j'ai mon pass VIP pour me baguenauder dans les rayons virtuels du magasin. Au début, naïve, je me réjouis: tout atterrit dans mon caddie sans message d'erreur, franchement, les gens, ah ah ah enfin heureusement qu'on est plus intelligent que tout ça, nous madame, n'est-ce pas! Et puis le moment fatidique: 37 articles et 89 euros 22 plus tard, je clique sur valider mon panier.... qui se vide. 'Error 504 Service is unavailable'. Je vais pleurer. Ca fait quand même 28 minutes que j'y suis, à cette fichue guerre de ravitaillement, sans compter les minutes avant le décollage. J'y retourne. Soulagement, je ne refais pas la queue pendant 13 minutes, je ne repasse pas par la case départ, je ne retouche pas 20 000 francs. Re-soulagement, mes 37 articles sont toujours là.

En revanche, le créneau pour le Drive est le jeudi 26 mars entre 0h07 et 0h37. Perso, ça me dérange pas plus que ça de faire l'expo Carrefour en nocturne, ça tiendra le coronomachin à distance. Pis comme les vieux sont plus exposés, a priori, ils seront tous au lit à cette heure-là, je culpabiliserai moins à chaque fois que je croiserai une tête blanche dans le magasin. Mais je sens bien que quelque chose ne tourne pas rond, nous sommes en guerre, après tout. A peine le temps de me demander si je dois réactualiser ma page ou cliquer sans complexe sur ma veillée alimentaire au créneau proposé, que revoilà mon pote Error 504 Service is unavailable. Bon.

De toute évidence, si je veux gagner la GR ou au moins aller à Baltard, il va falloir que je change de stratégie. J'éteins l'ordinateur. Je sais. Prise de risque maximale, je mets tout ce que j'ai sur la table, je jette mes 37 articles dans la bataille.

Minuit quinze. Je me reconnecte au site Carrefour en me frottant les mains avec un rire façon De Funès. Je dégringole de ma chaise en voyant qu'il y a 15 minutes d'attente. "Mais qu'est-ce qu'ils foutent qu'ils sont pas couchés, tous???" Je reprends la file, m'en fous, je viens de m'avaler trois Star Wars en boucle en un weekend, la Rebellion  ne baisse jamais les bras. Et comme dirait l'autre zozo dans le dernier Skywalker, 'nous ne sommes pas seuls!' Ah ben ça non, pour pas être seuls, on n'est pas seuls! 15 minutes d'attente pour accéder à un supermarché virtuel à minuit quinze, on sent que les critères de définition du bonheur humain ont tragiquement shifté depuis quelques jours.

Miracle, mes 37 articles sont toujours là. Le Drive, en revanche, est parti faire une retraite dans un monastère bénédictin. Après 4 tentatives infructueuses, j'obéis docilement à la suggestion de changer de magasin. J'entre mon code postal, et enfin, j'obtiens un créneau pour vendredi matin à une heure décente à Carrefour Route du Pré de Pâques, c'est super joli comme nom, ça, c'est où? "A 897 km , commune de Brignoles". C'est pas tant que ça me fait loin, c'est juste que je ne suis pas sûre que mon attestation de déplacement dérogatoire m'emmène jusque-là.

Je renonce définitivement à l'aventure Carrefour Drive, et j'éteins l'ordinateur en repensant à la directrice de la crèche paniquée le vendredi précédant la fermeture de l'établissement "Mais qu'est-ce que je vais faire de toute cette nourriture, moi? Les frigos sont pleins pour quatre semaines!"  et je me dis qu'on n'est quand même pas très bons sur ce genre de situation, nous les humains.

 

 

 

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21 mars 2020

Coronation Jour 5

Lettre à tous les petits et grands connards de France, et ça en fait, du connard:

Cher connard, grâçàcause de toi, la balade au parc bi-quotidienne, condition de survie absolue pour une coloc réussie avec mon Bichou de 2 ans, se limite désormais à deux minutes de ballon sur 30 cm² de bitume. Pendant que toi, Connard d'Or du meilleur Egoïste, tu continues de passer sous la barrière rouge d'interdiction pour aller faire ton jogging au milieu des arbres et des canards, heureux que le parc ait été privatisé pour toi.

 

Cher connard qui a réussi à tracter une pelleteuse jusqu'au 4è étage fin janvier et qui en tire visiblement une certaine fierté phallique, cher connard qui se prend pour James Bond avec sa perceuse Leroy-Merlin de 5ème catégorie et dont le cerveau est en famille avec une friche industrielle, tu as peut-être eu un mot pour la piscine le jour où ta classe plongeait dans les cours d'instruction civique alors laisse-moi te faire un petit rappel bref: oui, en temps normal, tu as le droit de faire des gros travaux dans un appartement que tu n'habites même pas encore. Mais, vois-tu, le Diable se cache dans les détails, et il y a un énorme démon planqué dans le mot 'normal' de la phrase précédente. Au cas où tu aurais passé les 10 derniers jours dans la salle capitonnée que tu as sûrement construite avec ta pelleteuse, le reste de l'humanité ne place plus le curseur du droit exactement au même endroit que toi. Désormais, un truc bizarre, extraterrestre, inconnu au bataillon en tout cas pour toi, a pris le dessus, il s'appelle Respect. Dans ton cas, appelle-le Instinct de survie si tu préfères. Parce que la perceuse et les coups de pilon en non-stop pendant 4 jours dans un espace clos avec une trentaine de personnes, dont la moitié télétravailleurs et l'autre moitié de moins de 5 ans, je crois que même Trump ne les aurait pas risqués.

 

Cher connard qui s'est précipité dans les supermarchés aux premières lueurs du confinement (celui de Wuhan) et qui a acheté trois paquets de couches taille 5 alors que son plus jeune fils vient d'avoir 17 ans, juste pour ne pas manquer, surtout de choses dont il n'a pas besoin, ta délicieuse mais tragiquement inexistante intelligence me pousse à investir la moitié du salaire que je ne toucherai pas ce mois-ci dans le cours du CNED   'Comment devenir propre en 2 semaines un an avant l'âge moyen.' J'espère sincèrement qu'aux pires heures de la pénurie, tu en seras réduit à bouffer tes couches de bébé et que tu t'étoufferas avec.

 

D'un autre côté, merveilleux connard, je peux aussi te remercier pour cette séance de psy gratuite que tu m'as involontairement occasionnée: en testant les limites de ma patience avec toute la grâce d'un hippopotame en tutu, tu me forces à pratiquer une certaine introspection à laquelle, je pense, peu d'entre nous échapperons pendant ces 2 mois. La mélodie de ta connerie met en lumière toute la portée du mot ancrage seriné au long de mes séances de sophrologie et si j'ai surtout envie de t'envoyer l'ancre en question à la gueule pour me sentir mieux, peu importe, le résultat, tu m'aides à me sentir mieux.

 

Alors cher connard, je ne te souhaite aucun mal, à part celui de crever enseveli dans les sables mouvants de ta connerie pathologique, mais surtout pas du coronavirus, tu risquerais de mobiliser un lit d'hôpital que tu n'as pas mérité.

 

Posté par Ceher à 13:46 - Commentaires [ 2]
17 mars 2020

Coronation Jour 1

Bon, moi, je finirai ma quanrantaine en prison pour meurtre conjugal. Jour demi-Un et l'Homme et moi sommes déjà en train de nous sauter à la gorge. Il faut dire qu'avec le confinement, est apparue une nouvelle hiérarchie tout à fait délicieuse au sein de la population active: les anciennement salariés sont devenus des télétravailleurs dans toute la gloire du travail à domicile. Et les anciens freelances, qui étaient déjà dans le travail à domicile mais beaucoup moins dans la gloire ont été rétrogradés en classe 3 comme celle de la quarantaine: je ne savais pas, n'est-ce pas, mais travailler en freelance, par les temps qui courent, ça veut dire s'occuper du petit. Il est en effet considéré comme une évidence semble-t-il que la freelanceuse aguerrie, et rompue à l'exercice du travail à domicile, doit glisser dans une sorte de jeu de chaises musicales vers la catégorie supérieure qui consiste à jongler avec trois balles au lieu de deux: travail-famille-patrie, simplement parce qu'elle a l'habituuuuuude.

Le télétravail ne fait pas bon ménage avec le féminisme, qui, lui, ne fait pas bon ménage tout court (faut décidément que j'arrête de lire Fiona Schmidt et Mona Cholet).

Or donc, confinée seule avec une boule d'électricité de 90 cm de haut et un chat vieillissant avec détecteur de mouvement intégré, j'ai jaugé la situation ce matin. Et c'était pas brillant. Bon, me suis-je dit. Au moins, je ne tousse pas encore, ai-je pensé juste avant de tousser. Bon, me suis-je dit. J'ai vérifié l'heure. Il était 10h48, j'ai décidé que Bichou et moi allions humer notre dernière heure de liberté au parc.

Le parc s'est avéré être une expérience sociologique tout à fait inédite. Les ados marchaient à trois de front sur les chemins de terre autour du lac, sans se pousser le moins du monde en se sentant à peu près aussi concernés par les distances de sécurité qu'un Indien par un kimono. Les du-milieu s'écartaient d'une manière fluide avec suffisamment de grâce pour dissimuler leur manoeuvre sous une apparence naturelle. Quant aux vieux, ils plongeaient dans le lac pour ne pas me croiser. Il faut savoir que par les temps qui courent, se balader avec un enfant au bout de sa main, c'est comme se baguenauder avec une grenade dégoupillée au poing. FUMER TUE  UN ENFANT TUE. Après des décennies de bourrage de crâne sur pourquoi la femme doit remplir son devoir patriotique et enfanter, ça fait bizarre.

Bourrée d'empathie (ou bien était-ce de naïveté?), j'ai expliqué à Bichou que les gens étaient un peu anxieux, à cause du méchant microbe qui a un nom de bière, tu vois Bichou, mais l'important c'est de se serrer les coudes, enfin façon de parler, hein, va pas t'approcher à moins de 54km d'un plus de 75 ans, tu sauterais sur une mine avant de l'atteindre, et donc on est tous dans la même galère, quelque part c'est beau de voir qu'on traverse ça tous ensemble, tout ça. Et pour illustrer mon propos, j'ai copieusement arrosé les gens autour de moi à distance raisonnable de sourires radieux et complices qui sont tous restés en poste restante au fond des cabinets. Les pompes funèbres ne sont pas confinées, vu le nombre de têtes d'enterrement auxquelles mes sourires se sont heurtés. Visiblement, le sourire, c'est pourtant pas contagieux mais les gens ont quand même peur de l'attraper.

Vivement demain.

Posté par Ceher à 20:09 - Commentaires [ 3]
21 mai 2019

Maternité

Je reprends du service parce qu'il y urgence: ce blog a une mission d'information impartiale et objective à délivrer au monde et en particulier aux futures mères - celles qui ont encore le choix, j'entends. Celles qui sont déjà enceintes, c'est foutu, bienvenue dans notre camp de déportées de la vie.

Ce post a donc pour vocation de livrer toute la vérité et rien que la vérité sur la maternité, je m'inscris dans les pas de Florence Foresti et de son motherfucker de spectacle dont on ne sait pas trop si le titre correspond à une interprétation littérale du désastre de la vie post-accouchement ou à son cri du coeur quand elle se rend compte à quel point elle s'est foutu l'utérus dans l'oeil jusqu'au coude en cédant aux sirènes maternelles, ces saloperies.

Lectrice, mets ton harnais de sécurité, respire un grand coup, ceci va te faire le même effet que le Tonnerre de Zeus du Parc Astérix (oui, mon weekend a été dur). Mise en situation: soit un enfant de 17 mois. Soit une mère qui commence déjà à se demander si tout ça n'était pas un peu une toute petite erreur depuis le début et est-ce que je peux changer d'avis et retourner genre 7 ans en arrière, oups attention monsieur, vous marchez sur mes cernes, tout ça. Juste quand elle pensait que les choses ne pouvaient pas être pire, let's face it, maintenant je ne peux que remonter, pof, l'enfant attrape une gastro.

S'ensuivent trois jours et autant de nuits d'une rare violence que je suis obligée de censurer ici, au cours desquels la mère envisage de se pacser avec sa machine à laver. L'enfant semble lentement se transformer en koala greffé sur son ventre, jour, nuit, jour, nuit, et tout ce désert de solitude de la jeune (elle y croit encore) maman n'est traversé que par les éclats réguliers des suppositoires de Vogalène (et essayez donc de mettre un suppositoire à un mec qui a 40 de fièvre à 2h du matin, quel que soit son âge, il ne le prendra pas très bien). C'est à ce point précis que la femme se prend en pleine face  toute l'horreur de sa condition maternelle: deux ans auparavant, elle aurait tapoté sur internet 'Vogalène' et aurait hoché la tête en tut-tutant du bout des lèvres "ah je vois ici que le Vogalène est sur la liste noire des médicaments - ses effets secondaires peuvent être très graves et surseoir à son efficacité, ores donc je m'apprête à m'abstenir d'ingurgiter la médecine prescrite si légèrement par un sieur à la solde des laboratoires pharmaceutiques". Mais voilà, on n'est plus deux ans plus tôt, on est deux ans et trois kilos deux plus tard, et la mère en sueur, échevelée, arrache la boîte de suppos de la main du pharmacien et déchire fébrilement l'emballage du médicament en marmonnant le regard perdu "si je lui donne maintenant, ça commencera à faire effet le temps que je rentre à la maison, donc je pourrai lui donner l'adiaril dans 20 mn et lui faire boire son Diargal une heure plus tard comme ça il pourra dormir tranquillement entre 17h24 et 17h42". Oui, à ce stade, la femme se rend bien compte qu'elle a un peu rogné sur ses convictions josébovéennes. Lectrice, si tu entres dans la catégorie décrite ici mais que tu ne te reconnais pas, mais alors pas du tout dans ces considérations cataclysmiques, sois honnête et compte le nombre de médicaments commençant par Diar- que tu connais. Si tu peux en citer plus de deux, je suis désolée de t'annoncer que tu es atteinte de mauvaise foi et que SURPRISE, ton quotidien a été kidnappé et remplacé par son jumeau diabolique.

Alors que la jeune (elle y croit toujours) maman survit à trois jours de pur cauchemar domestique, elle brandit victorieuse la première couche de son enfant qui a enfin passé le test de l'étanchéité (la couche, pas l'enfant. Encore que ça revienne au même) en criant "SURVIVOR!" avec un sourire de guerrière. C'est à ce moment qu'elle manifeste à son tour les premiers symptômes de la gastro.

**CENSURE**

Alors que la jeune (elle n'a pas encore eu la force de se traîner jusqu'au miroir) maman survit à quatre (elle a refusé de prendre les suppositoires de Vogalène) jours de pur cauchemar domestique, elle tend les bras vers son enfant, tenu à distance pendant sa maladie par un père aussi docte qu'indélicat "Ben on n'allait pas risquer qu'il la rattrape!" (Surtout que cette fois-ci, ce serait logiquement lui qui serait en charge de l'opération Suppôt de Vogalène, Dieu m'en préserve! ). La mère a donc cet élan de tendresse vers son enfant au terme d'une semaine dans la chambre de la mort, en mode toi et moi mon fils, on a vécu la même chose, on a une connexion au-delà des mots. Et l'enfant tend les bras vers son père en disant: "Nonononononon, pas mamou." Pour peu que la mère insiste, il lui fiche une baffe.

S'ensuivent trois jours de weekend d'une rare violence, rythmés par des crises de colère, des roulades, des coups de pied, tout est bon dans le cochon sauf son caractère. La maman (elle a enfin croisé un miroir) ébahie se tourne vers l'Homme, "où est notre fils, pourquoi l'as-tu vendu et remplacé par un gremlin?", ou encore "Mais combien de temps je suis restée malade, au juste?", relents de Belle au Bois Dormant avec la gueule de bois, elle cherche à comprendre, et oups attention monsieur, vous marchez sur mes rides!

Trois jours à compulser fiévreusement les livres de parentalité positive, de pédagogie non-violente, l'enfant a besoin d'empathie et de douceur, et quand il vous plante une fourchette dans l'oeil, il exprime en fait un profond désarroi (moi aussi, j'aime moyen le mode nocturne), il faut l'aimer en douceur, et quand il tond le chat en fait il essaie d'attirer votre attention et quand il vous démonte la colonne vertébrale à coups d'arbre ChloroFil, en réalité il vous aime (est-ce qu'il vous aimera toujours en mode tétraplégique, seul l'avenir le dira), et donc, patience, s'il bazooke toute la maison et sa mère en particulier, surtout, ne vous affolez pas, parlez-lui calmement (perso, la maman en est à crier calmement pour avoir une chance qu'il l'entende par-delà ses hurlements).

La mère, épuisée, dépose l'enfant chez la nourrice et prend le train du quai 9 3/4 à destination de sa vie de femme célibataire dans son petit studio parisien. Pour SOUFFLER. Pour prendre la mesure de l'immense pétrin dans lequel elle s'est fourrée et tous ces sacrifices, cette dernière saison de The Crown qu'elle n'a même pas pu voir pour vaquer à son emploi de mère à plein temps. Elle balaie les pages du livre Sorcières de Mona Chollet et se dit merde merde merde, c'est pas vrai, c'est pas vrai ! à voix basse, tout était là, pourquoi elle a pas lu ce livre avant, putain, pourquoi??? Elle se fait un thé. Son téléphone bippe. C'est un texto de Soeurette:

- Bon ma pauvre, on n'a pas fini d'en baver avec le gremlin. Je viens de voir sur internet qu'entre 18 et 36 mois, c'est l'âge des crises de colère. Et tous les signes que Bichou a manifestés sont décrits: hurlements, coups, lancers d'objets, roulades par terre, technique de pépé le corse qui retient sa respiration. La bonne nouvelle, c'est que c'est normal. La mauvaise, c'est que ça peut durer jusqu'à 4 ans.

 

Alors là, la mère se dit: je vais partir acheter des cigarettes, je reviens en 2022. Mais avant ça, je vais révéler la vérité au monde sur la maternité. C'est pas normal qu'on ne nous prévienne pas avant pour prendre une décision informée. Rien. Personne ne dit combien on a TOUS les symptômes de la montgolfière gonflée à l'hélium quand on est enceinte et comment un teint de chameau asthmatique n'a RIEN de rayonnant. Comment les contractions, c'est la pire chose qui ait été inventée pour la condition féminine après Donald Trump. Comment les nuits blanches, c'est pas du tout pour contempler la beauté du nouveau-né au clair de lune, c'est qu'il pleurait trop fort pour qu'on puisse continuer à faire semblant de dormir. Comment c'est un package parce que tu te coltines le modèle adulte en plus du miniature, 'mais t'énerve pas, chérie, je ne suis pas ton ennemi, je suis là pour t'aider! - mais pas jeudi, j'ai musique'. Et après le petit rat, il fiche des baffes à sa mère en criant "papaaaaaa!" quinze fois par minute.

Et puis la mère se dit, je vais faire mieux que ça. Je vais écrire un post là-dessus.